Née un 5 janvier au CHU de Treichville, en Côte d’Ivoire. À l’état civil, mon nom complet est Melyou Marie Grâce Andréa Akpa, mais depuis toujours, l’on m’appelle Grace, pour d’autres, Andréa. Derrière ce prénom simple se cache pourtant une histoire qui a commencé dans un contexte loin d’être simple. En effet, je suis née dans une famille modeste et dans une situation familiale assez complexe. Ma mère m’a eue très jeune, et mon père était déjà marié à une autre femme bien avant ma naissance. Bien plus tard, j’ai appris qu’il y avait même eu plusieurs tentatives d’avortement, tant la situation semblait difficile à assumer à l’époque.
Pourtant, contre toute attente, je suis venue au monde.
Quelques mois après ma naissance, alors que je n’avais que six mois, ma mère a decidé de me confier à sa sœur ainée. C’est ainsi que ma vie a pris une direction inattendue, car cette décision allait profondément marquer mon enfance.
Pendant quatorze années, c’est auprès d’elle que j’ai grandi. C’était mon premier amour.
Ma tante était une femme simple, mais dotée d’un cœur immense. Certes, son éducation était stricte, mais derrière cette rigueur se cachait un amour profond. Elle a comblé, autant qu’elle le pouvait, le vide laissé par l’absence de mes parents biologiques. Elle m’a offert bien plus qu’un toit, elle m’a donné l’affection, la sécurité et la présence dont un enfant a besoin pour se construire.
Malgré des moyens modestes, elle a toujours fait de mon éducation une priorité. Grâce aux petites activités culinaires qu’elle organisait pour gagner sa vie, elle a réussi à m’inscrire à l’école primaire catholique Notre-Dame de la Paix de Treichville, une école de filles réputée, mais aussi très coûteuse. Et je passais la grande partir de mon enfance dans le quartier.
Je mesure aujourd’hui les sacrifices que cela représentait.
Pourtant, j’étais une enfant très différente des autres. J’étais extrêmement timide, presque effacée. Je n’avais pas d’amis et, pendant les récréations, je préférais souvent rester seule en classe. Pendant que les autres enfants jouaient dans la cour, moi, je coloriais, je dessinais ou j’écrivais de petites histoires.
J’étais déjà une enfant très créative et introspective. La solitude ne me faisait pas peur ; au contraire, elle était devenue mon refuge.
Ma tante me répétait parfois que je n’étais pas aussi sociable ou éveillée que les enfants de mon âge. Je ne souviens qu’elle ordonnait à ma maitresse de me fouetter afin que je sois plus réactive en classe, et ce fonctionnais plus ou moins. Mais au fond de moi, je crois que quelque chose me manquait. Sans vraiment savoir l’expliquer, je ressentais souvent l’absence de mes deux parents près de moi, comme dans ces familles que je voyais autour de moi.
Malgré tout, je travaillais sérieusement à l’école. Mes efforts ont porté leurs fruits lorsque j’ai obtenu mon CEPE en 2010, pendant la crise poste électorale, puis quelques années plus tard mon BEPC en 2014 avec la mention Bien, au Collège Roi des Rois de Koumassi.
Cependant, derrière ces réussites scolaires se cachait une réalité beaucoup plus difficile pour mon si jeune âge. En effet, les trois années précédant mon BEPC ont été particulièrement éprouvantes.
Peu à peu, la santé de ma tante a commencé à se dégrader. Elle souffrait de crises liées à des problèmes de sang, de graves difficultés respiratoires et d’autres symptômes inquiétants. Un jour, elle a décidé de me confier la vérité sur son état de santé.
Et on a décidé de garder ce secret ensemble, car au fond de moi, j’avais peur. Peur qu’en découvrant sa maladie, quelqu’un décide de me séparer d’elle. Avec elle, je me sentais protégée. Malgré tout ce que la vie nous imposait, j’avais l’impression de vivre une enfance heureuse. Je n’enviais aucun autre enfant, que ce soit pendant les vacances ou les rentrées scolaires.
Alors, à ma manière, j’ai commencé à prendre soin d’elle. Je lui tressais et parfois je luis passais de la teinture dans les cheveux. Je lui faisais les ongles des mains et des pieds. Je lui mettais du vernis. Parfois, elle allait même à des cérémonies avec les petites coiffures ou décorations que je lui faisais, et elle en était fière. Et c’est là que j’ai développé des compétences en pédicure manicure.
Ces moments simples sont aujourd’hui parmi mes souvenirs les plus précieux.
Mais avec le temps, la maladie est devenue de plus en plus lourde. En 2014, alors que j’étais en classe de troisième, la situation à la maison devenait difficile. Il n’y avait presque personne pour s’occuper d’elle, et moi, j’essayais de faire ce que je pouvais, même si je n’étais encore qu’une adolescente.
Peu à peu, mes résultats scolaires ont commencé à chuter.
Chaque soir, en rentrant de l’école, je la voyais souffrir. Les nuits devenaient longues et angoissantes. Je me sentais impuissante face à ce qui se passait.
Finalement, son état s’est aggravé au point qu’elle a dû être admise à l’hôpital de Port-Bouët pour recevoir des soins médicaux. Certains membres de la famille allaient rester auprès d’elle.
Mais moi, on me disait toujours la même chose : j’étais trop petite.
On me laissait rarement la voir, Sous prétexte que j’étais trop jeune pour près d’elle dans ces conditions. Puis un soir, en rentrant de l’école, la nouvelle est tombée. On m’a annoncé son décès.
Sur le moment, je n’ai rien ressenti. C’était comme si mon esprit refusait de comprendre ce qui venait de se produire. Ce n’est que plusieurs jours plus tard que la réalité m’a rattrapée, et que j’ai commencé à ressentir ce vide immense qu’elle avait laissé derrière elle.
Malgré cette douleur, j’ai continué à avancer tant bien que mal. Étudier devenait difficile, mais je me suis accrochée. Et contre toute attente, j’ai réussi à valider mon BEPC avec la mention Bien.
Après sa disparition, ma vie a pris un nouveau tournant. Pour la première fois, je suis allée vivre avec ma mère et mes petites sœurs. C’était une nouvelle étape de ma vie…et le début d’un autre chapitre de mon histoire.
c'est beau a lire