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UN DEPART, UNE NOUVELLE REALITE

30 juin 2026 292 lectures

Après le décès de ma tante, ma vie a pris un tournant décisif.

C’est ainsi que je suis retournée vivre chez ma mère, aux côtés de mes deux petites sœurs, afin de poursuivre mes études.


Peu de temps après, j’ai été affectée au Lycée Moderne de Jeunes Filles de Yopougon, en classe de Seconde A. C’était le début d’une nouvelle étape de ma vie, mais aussi une transition qui allait s’avérer bien plus difficile que je ne l’imaginais.

Ma mère était une mère célibataire qui se battait chaque jour pour voir ses filles réussir à l’école. Elle donnait tout ce qu’elle pouvait pour nous offrir un avenir meilleur. Pourtant, malgré ses efforts, notre relation n’a pas été facile au début.


La réintégration dans ce nouveau cadre de vie a été très compliquée pour moi. Ma mère était beaucoup plus rigoureuse et exigeante que ma tante. Il lui arrivait de me gronder durement, parfois même devant mes amies ou mes petites sœurs. À la moindre erreur, les reproches étaient sévères et il arrivait aussi qu’elle me batte. Certaines fois, les marques étaient visibles sous mon uniforme scolaire.

À l’école, certaines camarades me posaient des questions en voyant ces traces. Mais je préférais mentir.


Au fond, je savais que ma mère attendait beaucoup de moi. Sur le plan académique, je faisais de mon mieux pour ne pas la décevoir. Cependant, je n’étais pas habituée à assumer autant de responsabilités domestiques, et cela provoquait souvent des tensions entre nous.


Mais au-delà de ces difficultés, il y avait surtout un manque de communication entre ma mère et moi. Nous parlions très peu. Elle ne me demandait presque jamais comment se passaient mes journées à l’école, ni ce que je ressentais vraiment.

Souvent, j’aurais aimé retrouver cette proximité que j’avais connue avec ma tante défunte. Avec elle, je pouvais parler librement, partager mes pensées, mes peurs ou mes petites joies du quotidien. Avec ma mère, cette relation semblait différente, plus distante.


Pourtant, à travers son regard, je pouvais parfois ressentir autre chose : une fatigue profonde, le poids des responsabilités, et peut-être même un amour silencieux qui avait simplement du mal à s’exprimer.


Par moments, j’essayais de combler ce silence en discutant avec mes petites sœurs. Je tentais de créer une conversation, de partager un moment simple avec elles. Mais ces échanges ne duraient jamais très longtemps. Chacune semblait plongée dans sa propre réalité.


Peu à peu, je me suis retrouvée encore plus seule avec mes pensées.

Par moments, le comportement de ma mère me faisait même douter. Je me demandais parfois si elle était réellement ma mère biologique. Cette pensée me traversait l’esprit lorsque les disputes éclataient à cause du loyer impayé, du manque d’argent pour le transport scolaire ou pour la nourriture.


Cette transition a été très éprouvante pour moi. Il m’a fallu du temps pour accepter cette nouvelle réalité. Les nuits étaient souvent remplies de larmes. Je dormais mal, et la tristesse m’accompagnait presque chaque jour. Peu à peu, ma vie sociale s’est encore réduite, et je me suis davantage renfermée sur moi-même.


Pourtant, malgré tout cela, ma mère restait une femme profondément généreuse. Chaque jour, elle offrait à manger aux jeunes garçons débrouillards du quartier, même lorsqu’ils ne demandaient rien. Parfois, il arrivait même qu’il ne reste presque plus rien pour notre propre dîner.


Pour subvenir à nos besoins, elle vendait des beignets au bord de la route. C’était ainsi qu’elle essayait de répondre à mes besoins et à ceux de mes sœurs, surtout lorsque mon père ne répondait pas toujours favorablement lorsqu’il s’agissait de nous aider.

Avec le temps, j’ai compris que ses colères et ses crises émotionnelles étaient aussi le reflet de la pression sociale et familiale qui pesait sur elle : celle de voir ses enfants réussir malgré toutes les difficultés.


À cela s’ajoutait un autre défi. Les maquis et les bistrots autour de la maison rendaient la concentration difficile. Le bruit constant compliquait mes révisions. Et au lycée, le niveau académique était très élevé. Je devais redoubler d’efforts pour ne pas être dépassée et pour ne pas avoir honte à la fin de l’année.


Les trois dernières années du cycle secondaire ont donc été particulièrement exigeantes.

Ma mère n’ayant pas les moyens de me payer des cours de renforcement, j’ai décidé de chercher une solution par moi-même. C’est ainsi que je suis allée rencontrer le curé de la paroisse Marie-Madeleine de Yopougon. Après lui avoir expliqué ma situation, il a accepté de m’aider.


À partir de ce moment-là, j’ai commencé à étudier dans la cour de l’église. L’endroit était calme et propice à la concentration. C’est là que je passais de longues heures à réviser et à apprendre.


Parfois, les prêtres m’invitaient à manger avec eux au presbytère. Leur accueil était chaleureux. Certains se sont même portés volontaires pour m’aider dans certaines matières, notamment la philosophie et les mathématiques.


Grâce à leur soutien, j’ai commencé à retrouver confiance en moi. Peu à peu, mes résultats scolaires se sont améliorés. Chaque semaine, mes efforts portaient leurs fruits.

Finalement, après des années de travail, de persévérance et de sacrifices, j’ai réussi à franchir une nouvelle étape importante de ma vie. J’ai obtenu mon baccalauréat avec la mention Bien. À ce moment-là, je ne savais pas encore que toutes ces épreuves étaient en train de façonner la personne que je deviendrais. Mais une chose était certaine, malgré les obstacles, je continuais d’avancer.


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