Lorsque j’ai obtenu mon baccalauréat (Lettres et Philosophie) en 2017, j’ai été orientée à l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, au département d’anglais. C’était une grande étape dans ma vie. L’université représentait pour moi une nouvelle aventure, mais aussi l’espoir de construire mon avenir.
Cependant, une question se posait rapidement concernant la distance. Ma mère vivait à Yopougon, et les trajets quotidiens jusqu’à Cocody étaient longs, fatigants et parfois imprévisibles. Elle trouvait que cela allait être très difficile pour moi. C’est ainsi que mon père a décidé que je vienne vivre chez lui, à Angré, afin de faciliter mes déplacements vers l’université.
Mais là encore, une nouvelle adaptation m’attendait.
Je rejoignais une nouvelle maison, une autre partie de ma famille. Je connaissais plus ou moins mes sœurs, mais nous n’avions jamais vraiment vécu ensemble. Elles étaient toutes plus âgées que moi, contrairement à la situation chez ma mère où j’étais l’aînée.
Au fond de moi, c’était une certaine fierté de pouvoir enfin dire que j’avais de grandes sœurs.
Cependant, notre relation restait parfois un peu distante. Peut-être parce que nous n’avions pas grandi ensemble. Peut-être aussi parce que nous n’avions pas toujours les mêmes centres d’intérêt. Moi, j’étais souvent plongée dans mes cahiers, mes livres et mes études. Il m’arrivait même de rentrer très tard à la maison, soit à cause des longs trajets en bus, soit à cause de mon programme d’études particulièrement chargé.
Malgré ces défis, les années universitaires ont été une période déterminante pour moi. Elles représentent encore aujourd’hui une étape fondamentale de ma construction personnelle.
C’est durant ces années que j’ai commencé à vraiment me découvrir. J’ai rencontré des amis précieux, dont certains sont encore présents dans ma vie aujourd’hui. J’en ai aussi perdu d’autres en chemin. J’ai également commencé à m’impliquer dans des associations et différentes activités universitaires.
Pendant mon parcours en anglais, mes premières années de licence ont été surtout des années d’observation. J’apprenais à comprendre le fonctionnement de l’université, à me situer dans ce nouvel environnement.
Je me faisais des amis, je participais à des colloques et des activités académiques, parfois même sans savoir exactement pourquoi. Mais au fond de moi, je sentais que ces expériences participaient à quelque chose de plus grand dans ma vie.
Mon père, lui aussi, avait des moyens modestes. Très tôt, j’ai compris que je devais apprendre à me débrouiller par moi-même. C’est ainsi que j’ai commencé à proposer des cours d’anglais à domicile, afin de subvenir à certains de mes besoins personnels.
En 2018, j’ai obtenu mon premier contrat de formation en anglais. Ce moment a été une grande source de fierté pour moi. Je découvrais peu à peu que je pouvais utiliser mes compétences pour avancer et construire mon indépendance.
À cette période, j’étais remplie d’enthousiasme. Je rêvais déjà de poursuivre mes études jusqu’au doctorat et de devenir un jour docteure en littérature et civilisation américaine.
Malheureusement, le contexte universitaire n’était pas toujours favorable. Les nombreuses grèves qui secouaient l’université rendaient parfois les études difficiles et imprévisibles. Les résultats académiques ne reflétaient pas toujours les efforts fournis.
Malgré cela, je suis restée déterminée.
J’ai finalement obtenu ma licence avec la mention Assez Bien, avec une spécialisation en littérature et civilisation américaine. Pour moi, c’était une étape importante et une belle expérience. Elle confirmait une chose : j’étais en train d’avancer, petit à petit, vers la vision que je commençais à construire pour ma vie.