Je me souviens que lorsque j’étais petite, ma tante me reprochait souvent certaines de mes habitudes. Il m’arrivait, par exemple, de me servir une grande quantité de nourriture sans forcément terminer mon plat. Et lorsque je me plaignais parce que je voulais certains vêtements que je voyais à la mode, ou parce que je ne voulais plus porter un vêtement après l’avoir porté une ou deux fois, elle me rappelait toujours une chose :
« Certains de tes amis n’ont pas ça. Un jour, tu apprendras que la vie n’est pas aisée. »
À l’époque, je n’en mesurais probablement pas toute la portée.
Ma tante était catholique et, ayant grandi auprès d’elle, j’ai aussi été habituée à une certaine culture du partage. Au moins une fois par an, nous allions dans un orphelinat ou à la Caritas de l’église pour déposer les vêtements dont je ne voulais plus, mais qui étaient encore en assez bon état pour être utilisés.
Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai grandi avec cette idée qu’une chose dont je n’avais plus besoin pouvait avoir de la valeur pour quelqu’un d’autre.
En grandissant, cette idée a pris une autre forme.
J’ai commencé à observer davantage les réalités autour de moi, notamment celles de certains jeunes. Je me suis rendu compte que beaucoup de jeunes orphelins et défavorisés avaient peu accès aux formations dans les domaines des STEM, de l’informatique et des compétences numériques. Pour certains, ce manque d’accès pouvait aussi limiter les possibilités qu’ils auraient plus tard de se former, de travailler ou de construire une carrière dans ces domaines.
Je me suis alors demandé ce que je pouvais faire, à mon niveau, pour contribuer à réduire ce manque.
C’est ainsi qu’est né Tech Bridge Center, un projet social qui vise à former des jeunes orphelins et défavorisés aux outils informatiques et aux compétences numériques.
Je savais que je voulais le faire. Mais une question restait : comment lancer un tel projet avec les moyens dont je disposais ?
J’ai finalement décidé de commencer malgré tout.
Pour cette première cohorte, l’Ambassade des États-Unis en Côte d’Ivoire a soutenu le lancement de l’activité. Nous avons organisé environ un mois et demi de formation, qui s’est terminé par une cérémonie de graduation le 15 août.
Mais je n’étais pas seule dans cette aventure.
Des associations de jeunesse se sont impliquées dans le projet et des volontaires sont également venus nous aider. Chacun a apporté sa contribution selon ses moyens, ses compétences et le temps qu’il pouvait consacrer au projet.
Le projet a été réalisé avec des fonds propres et des moyens limités. Nous n’avions pas toujours toutes les ressources que nous aurions souhaitées. Mais nous avions quelque chose d’essentiel : une équipe qui croyait au projet et qui était prête à travailler pour le faire aboutir.
Et nous l’avons fait.
Cette première expérience m’a appris qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir de grands moyens pour commencer quelque chose qui a du sens. Parfois, il faut simplement avoir une vision, accepter de commencer avec ce que l’on possède et trouver des personnes prêtes à avancer avec nous.
Quand je repense aujourd’hui aux paroles de ma tante — « Certains de tes amis n’ont pas ça. Un jour, tu apprendras que la vie n’est pas aisée » — je les comprends différemment.
La vie n’est effectivement pas aisée pour tout le monde.
Et si certaines choses m’ont été données, si j’ai eu accès à certaines opportunités, alors je veux aussi pouvoir contribuer à en créer pour d’autres.
Tech Bridge Center n’est pour moi que le début.
Mon ambition est de développer progressivement le projet à travers le territoire ivoirien et, à terme, dans d’autres pays d’Afrique.
Parce qu’au fond, ce que j’ai appris depuis mon enfance est toujours là : ce que nous avons et dont nous n’avons plus besoin peut devenir exactement ce dont quelqu’un d’autre a besoin.
Aujourd’hui, j’essaie simplement de transmettre cette idée autrement.
Je ne donne plus seulement des vêtements.
Je veux aussi transmettre des compétences, des connaissances et des opportunités.
Et peut-être qu’au fond, c’est cela que ma tante essayait de m’apprendre depuis le début : apprendre à reconnaître ce que l’on a, mais aussi comprendre que ce que l’on possède peut avoir encore plus de valeur lorsqu’on choisit de le partager.