À cette période de ma vie, je n’avais pas de travail et je venais également de ne pas être sélectionnée pour le doctorat, après trois années de tentatives. Peu à peu, je sentais le découragement s’installer et prendre de plus en plus de place dans ma vie.
Mais la maison n’était plus vraiment un endroit où je trouvais de la consolation. Mon père était devenu beaucoup plus nerveux et, de mon côté, je prenais progressivement mes distances avec ma famille. Je me sentais incomprise, parfois jugée, et je préférais rester dans mon coin.
Pourtant, au milieu de cette période difficile, il y avait une chose qui me faisait encore du bien , et c'est l’engagement communautaire.
Je sortais, je participais à des activités, je rencontrais de nouvelles personnes, je développais mon réseau et j’apprenais de nouvelles choses. Finalement, je passais très peu de temps à la maison.
Je ne savais pas encore que cette habitude allait progressivement changer ma vie.
En parallèle, je cherchais aussi à préparer mon avenir, du coup je devais trouver un moyens de m'occuper sainement. Je consacrais du temps à apprendre et à travailler sur ma transition vers l’analyse de données. Je suivais notamment des formations sur LinkedIn Learning et je cherchais constamment de nouvelles occasions de développer mes compétences.
Je postulais également à différentes bourses et à différents programmes. Je ne savais pas laquelle de ces candidatures allait aboutir, mais je savais que je devais continuer à essayer.
C’est ainsi qu’en Aout 2024, j’ai postulé au Mandela Washington Fellowship.
Et contre toute attente, j’ai été sélectionnée, alors même que je n’avais pas l’âge requis.
J’ai été placée à l’University of Maryland, Baltimore County (UMBC), dans le parcours Civic Engagement, pour l'année 2025.
Ce fut une expérience particulière pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’était ma toute première expérience de voyage à l’étranger. Ensuite parce que, pour la première fois, je me retrouvais dans un environnement rempli de personnes venues de différents pays africains, avec des histoires, des cultures et des parcours très différents du mien.
Pendant six semaines, j’ai participé à différents modules, formations et activités. Mais au-delà de ce que j’ai appris, ce sont surtout les rencontres qui m’ont marquée.
Découvrir les histoires des autres participants, leurs cultures et leurs différentes façons de voir le monde m’a énormément plu.
Moi qui étais tellement timide, je me retrouvais dans un environnement où je devais aller vers les autres, discuter, participer et créer des liens.
Petit à petit, je sortais de ma zone de confort.
Chaque personne rencontrée, chaque conversation et chaque expérience contribuaient, d’une manière ou d’une autre, à mon évolution.
J’ai également eu la chance d’avoir des superviseurs extraordinaires. Leur attention, leur bienveillance et leurs encouragements ont beaucoup compté pour moi pendant cette période.
Je suis arrivée avec une certaine personnalité, des appréhensions et beaucoup de timidité.
Je ne suis pas repartie exactement la même personne.
Mais cette expérience m’a aussi appris quelque chose d’important : je ne voulais pas seulement être bénéficiaire des opportunités que je recevais. Je voulais également contribuer.
Pendant les six semaines du programme, je me suis donc impliquée volontairement dans différentes activités.
J’ai notamment travaillé sur le projet African Diaspora Dinner, un événement qui mettait en valeur les différentes cultures africaines. Ce moment a été particulièrement spécial pour moi parce que j’ai eu l’occasion de représenter la Côte d’Ivoire.
J’étais ornée d’or, fière de mettre en avant ma culture et de partager une partie de mon identité avec les autres participants.
J’ai également contribué volontairement à la communication de différents événements et formations du programme. Après certaines activités, je prenais le temps de monter des vidéos ou de créer du contenu à partir des photos afin de les communiquer sur la page de l’organisme.
Cela me permettait de mettre mes compétences en communication et en création de contenu au service du programme.
Finalement, je n’étais pas seulement venue pour recevoir. j'étais aussi venue pour donner.
Cette expérience m’a également permis de découvrir des endroits que je n’aurais probablement jamais imaginé visiter quelques mois auparavant.
J’ai notamment découvert Annapolis, Baltimore, Washington, D.C. et Philadelphie. J’ai visité des institutions et des lieux culturels que je connaissais jusque-là uniquement à travers les images ou les histoires que j’en avais entendues.
Mais pour moi, ces découvertes représentaient bien plus que de simples visites.
Quelques mois auparavant, je passais beaucoup de temps seule chez moi, sans emploi et avec énormément d’incertitudes concernant mon avenir.
Et me voilà à voyager, à découvrir de nouveaux États, à visiter des institutions internationales, à rencontrer des personnes venues de différents pays africains et à vivre des expériences que je n’aurais jamais imaginées.
Le monde s’ouvrait progressivement à moi.
Cette période m’a aussi permis de comprendre davantage l’importance du networking.
Je participais à des séances de networking et je me suis fait plusieurs relations. Mais je ne cherchais pas simplement à accumuler des contacts.
Je voulais construire mon réseau de manière stratégique, en fonction de ma vision et de ce que je voulais accomplir à long terme.
De la même manière, j’ai commencé à intégrer différentes associations internationales en fonction de mes objectifs.
Je voulais que mes engagements aient un sens.
Je voulais apprendre une compétence, rencontrer une personne, comprendre un domaine, découvrir une opportunité ou simplement me rapprocher de ce que j’imaginais pour mon avenir.
En parallèle, je continuais ma transition vers l’analyse de données. Je suivais des formations, j’apprenais de nouvelles choses et je cherchais constamment des occasions de progresser.
Petit à petit, je construisais mon parcours.
Pas forcément de manière linéaire, mais avec une vision.
Quand je regarde aujourd’hui cette période de ma vie, je réalise que l’engagement communautaire a été bien plus qu’une simple activité.
Il m’a permis de sortir de ma solitude.
Il m’a permis de rencontrer des personnes extraordinaires, de développer mes compétences, de construire mon réseau et de découvrir d’autres cultures.
Il m’a aussi permis de voyager, de contribuer et surtout de découvrir des possibilités que je ne connaissais même pas.
Ce qui avait commencé comme une manière de ne pas rester enfermée chez moi pendant une période où je n’avais pas de travail est finalement devenu l’un des chemins les plus importants de mon parcours.
J’ai compris que certaines décisions qui semblent petites sur le moment peuvent avoir de grandes conséquences.
Postuler à une bourse. Participer à une activité. Rejoindre une association. Suivre une formation. Aller à une séance de networking. Accepter de rencontrer de nouvelles personnes.
On ne sait jamais laquelle de ces décisions peut changer une trajectoire.
Aujourd’hui, lorsque je repense à cette période, je me dis que l’engagement communautaire m’a ouvert des portes que je ne savais même pas exister.
Il m’a donné des opportunités, mais il m’a surtout permis de voir mon avenir autrement.
Je pensais simplement chercher un moyen de ne pas rester enfermée chez moi pendant une période où ma vie semblait bloquée. Je ne savais pas qu’en sortant de chez moi, j’allais aussi progressivement sortir de la vie que je pensais être la mienne.
C’est peut-être cela que je retiens le plus : parfois, une porte ne s’ouvre pas directement devant nous. Il faut d’abord accepter de sortir, d’apprendre, de rencontrer et d’essayer.
Et parfois, c’est en faisant un simple pas que l’on découvre qu’il existait tout un monde de l’autre côté.